
Je suis heureuse.
Je déteste l'avouer. Trop précaire. Trop instable. Trop niais. Voilà ce que je reproche au bonheur. Je crains de me rendre compte que tout ne soit que vain. Subtil effondrement. Je préfèrerai souvent un chant de haine, une ire orgueilleuse et une dévastation personelle à des sautillements jazziques et autres félicités optimistes. Je n'aime pas le bonheur et ce qui nous en échappe. Au moins, nous sommes maîtres de notre désespoir.
Pourtant, je me sens soulagée. Légère. Bien sûr que ça ne durera pas. Que voulez-vous qu'il perdure ? Je me lasse. Sur l'instant même, j'en ai assez. Je jette mon bonheur, m'en dépèce inconsciemment. Autrement c'est lui qui me rongerait. Mieux vaut ne pas tenter. Mais cette nuit - vol nocturne - je n'ai pas envie de déplorer la malancolie.
Là, un sentiment agile et honnête. Je lui fais sa fête. Si je n'aime pas le bonheur, tant pis, je peux dire que j'embrasse l'allégresse.