27 nov. 2009

Innocente vengeance, innocence vengeresse .



Il y aura toujours des hauts de coeur. Des hauts de coeur qui exhalent l'acidité, la cruauté, la griffure.
On dit souvent que transgresser ses limites nous aide à les déterminer. Mais les transgresser en les ayant comprises, en les ayant parfaitement identifiées, c'est une cruauté. Pour la vengeance, dit-on. Pour la traîtrise exutoire. Transgressons, n'allons jamais trop loin. C'est déjà trop.


La vengeance naît sous la plaie et croît sur la cicatrice. Il faut bien faire passer du temps avant la perfide floraison. Du néant. Puis, comme une protubérance érigée par le désir malsain, elle fleurit. Elle fait sauter les gonds sanglants de la peau. Pauvre chair ! Pauvre chair pâle et mortifiée par sa propre piqûre ; jamais plus elle ne s'offrira. Voici ma chair, voici mon sang, voici mon coeur. Personne n'aura rien. Elle ne transpire même pas de dégoût tant elle est sèche et glacée. Fleurir .

Lorsqu'on se venge, on s'implose dans la vengeance. L' acharnement nous fait honte et cependant on s'y complaît, dans cette opiniâtre horreur. Fâne-toi. Elle explose et broie la croute aniline du désespoir. Belle vengeance suintant du passé. Vengeance cathartique. Le silence, liquéfié , semble moins rigide. Allez, meurs.

Mais meurs, qui, meurt ? Contre qui se profère t-elle cette vengeance ? C'est nous-même que nous cherchons à remuer, et pourtant nous sommes tout puissants, cette fois-ci.
Transgresser les limites, c'est faire pousser la fleur la plus malsaine au monde, la plus perfide, la plus piquante. C'est bon, j'ai compris ce qu'était une rose rouge.



15 nov. 2009

Blue Lady - René Aubry.



" Le désir de mentir et de croire s'attrape comme la gale. "
Céline. Voyage au bout de la nuit.

13 nov. 2009

"Je sens en moi quelque chose de brisé. Peut-être est-ce le désespoir, peut-être le Vermouth."


Et pourquoi tombes-tu ici, toi ?
Mea culpa, je pourrais bien balancer des phrases ordurières, des déjections de petites lettres, des brisures misérables et acérées - si je le pouvais -, j'aurais beau tenter d'écrire n'importe quoi de coupant, mea culpa , ce sera toujours parce que je n'aurai pas le droit d'en écrire le contraire. Rien ne sera plus poli, ni le verre, ni les mots. Ma tendresse haineuse et tout le reste, ces fonds de bouteilles à peine consommées, à peine consumées, rien qu' à noyer dans un verre de Vermouth. Amers, glauques, à ravaler d'un coup - comme un sanglot étouffé ou un breuvage trop sirupeux. Il n'y a plus aucune issue. J'en suis sûre, presque un peu trop tard. Paul Valéry diait La vie ne vaut que par les extrêmes. Et ne dure que par les moyens. Mais il n'y aura pas de moyens. Seuls subsisteront les extrêmes; mon écoeurement enivré, mes brefs remords, comme un breuvage précieux, des remords conservés dans des bouteilles de souvenirs perdus, terrés dans la cave de ton silence. Tant pis. Tant pis, il le faut. Rendez-vous avec autre. Autre verre. Autre fois. A ta santé.



3 nov. 2009

Spotless mind.


Il paraît qu'à mesure que le temps passe, on finit par le percevoir comme une simple série de périodes et les fragments de vie ne sont plus que des variations, des instants qui s'emperlent sur un fil de vie monotone. Est-il possible d'échapper à l'enlisement conformiste dans le quotidien morne et répétitif ? Je voudrais tant avoir la certitude ne jamais perdre mon étonnement - et quand bien même je serai touchée par le cynisme, la déraison et quelqu'inévitables douleurs, je finirai par rebondir et fuir, fuir, m'envoler ! - mais, qui sait, peut-être serai-je bouffée par le temps, vivrai-je une routine grisonnante, vieillirai avec aigreur et m'enterrerai dans une incontournable assuétude. Les certitudes sont difficile, mieux vaut avoir des convictions. Que veux-tu qu'il arrive ? Tout peut arriver ! Je ne me ligoterai pas les doigts, mes échos résonneront sur ce clavier : des bribes de discours sans conversation m'échappent. Incomplétude : on guérit pas de soi.


Par ce temps laiteux et dégoulinant, les gens semblent entrer dans une certaine phase de léthargie hivernale, la prostration apathique est tendencieuse et pourtant, moi, j'ai envie de m'éveiller. En admettant que chacun doive connaître une petite mort annuelle - afin de ressusciter grandiosement par la suite, je crois bien que j'ai soupé mon écoeurement et la complainte passive ne peut plus m'atteindre. Les crépuscules couleur d'ecchymose et les tourbillons amarantes teintés de crachin sont bien plus attrayants qu'un soleil agressif, qu'un été graisseux et flegme, non ? Maintenant, j'ai envie de vie. Sed dum nihil.


Les visages, les sentiments, les mélodies semblent déjà des échos du passé. J'aimerais connaître la maladresse inconsciente, la peur stimulante, le battement insidieux, mais je flâne, froide et vive sous l'orage tiède et la brume diamantée. Je cherche quelque chose sans savoir quoi et cette incomplétude est agaçante. En attendant, je vais jeter au cachot de l'indifférence les passants audacieux, en faire un feu de joie et fêter l'amitié et la culture, parce que ce sont des valeurs confiantes, constantes et inépuisables. Le reste, tant pis, je méprise. Et pour parler de mépris, je méprise la médiocrité de mon article.

Osciller entre une mélancolie légère et une serénité malicieuse m'empêche de graver une dernière phrase. Histoire de paradoxes. Alors je poserai néligemment quelques mots qui découlent de cet étrange balancement - car quelle incomplétude que de rester sur sa fin !


Que dire ? Il fera froid un jour sur deux.