
« Pourquoi jouer tant de notes alors qu'il suffit de jouer les meilleures ? »
Miles Davis

Autre Disparition ? Vous devriez vivre, vous devriez revivre. Pour ceux qui n'ont jamais vécu. Ecoute-moi petite fille, toi qui laisse traîner tes yeux bleus dans mon fouillis de mots amers et veules. Ce ne sont pas mes affaires, vos rayons de soleil mis au placard, vos accrocs encore vifs, mais vous ne devriez pas avoir peur. Et puis mince, peur de quoi ? De vous ? Je serai heureuse que vous ressuscitiez. Bien sûr qu'il y aura du feu, des blessures, des maux. Mais vous revivrez plus forts, plus chatoyants, plus brillants. J'ai tellement peu de foi que je croirai en vous. On a le choix entre ses erreurs, n'est-ce pas ?

Et celui qui croit qu'il est jeune et fort, Qu'il dise si l'odeur de ces flammes d'or qui fondent parmi de terribles roses et les calices blancs de ces lys de la mort, pareils à mille trompettes, Est la seule chose dont il ait communication.



Je ris de moi. Ou je ne ris pas de moi ; je ris de n'avoir pas été moi car c'était pire. J'étais trop jeune, je ne l'acceptais pas. Je n'étais pas assez désabusée. Non pas que je le fusse devenu par la suite, mais à n'avoir connu qu'une souffrance causa sui, ce n'était pas assez pour me former ce calice salvatoire contre les attaques extérieures. Je me suis brulée à essayer d'être à la hauteur, embourbée dans la peur alors que je me croyais impavide. J'étais de silence - désappointée! , fausse - ignorante de moi-même !, et creuse -je n'osais pas ! Quelques fois, oui, quelques fois j'ai été. Mais ces instants se sont bien vite annihilés, nichés dans l'oubli. J'ai repensé ce matin au devoir d'oubli. Cela fait longtemps. Je n'y crois pas, au devoir d'oubli : tout n'est que volonté. J'ai fait preuve d'une parfaite amnésie lorsque cela m'importait. D'autres fois, feindre l'oubli n'était qu'un mensonge miteux. Je ne suis pas une vieille sage, je patauge sûrement encore dans mes erreurs, mais j'ai appris beaucoup cette année. Nous n'oublions pas lorsqu'une seule même de nos cellules n'y consent pas. La cellule qui suinte le regret. Celle qui déteste. Ou celle qui est dépendante. Mais je ne parle pas de moi. A posteriori, je suis spectatrice de mon échec. Trop jeune, confiné sous un noeud fleuri et juvénile alors que, grand dieux, je ris de moi maintenant. Et quel rictus gêné, grinçant, pauvre ironie ! Je ris de me voir si ridicule en ce miroir. Plus tard, j'aurai été plus saignante, à point.