Et celui qui croit qu'il est jeune et fort, Qu'il dise si l'odeur de ces flammes d'or qui fondent parmi de terribles roses et les calices blancs de ces lys de la mort, pareils à mille trompettes, Est la seule chose dont il ait communication.Paul Claudel - La cantate à trois vOIX
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Lorsque mon silence est vide, je le tue. Lorsque mon silence contient trop, je l'assassine. A petits coups de voix, à petits coups de mots, avec des baisers, à gorge déployée. Je brise les occurences baveuses de mon silence néant et de son vide intrinsèque en inventant, en bricolant des phrases fantaisies, lançant anodinement de vérités, en criant des petites pensées qui se trouvaient là, à ne pas vouloir rester planté dans mes limbes psychiques. J'empêche aussi le spasme chantant d'éclater, il n'a pas lieu d'être. Je le tue d'autres paroles, de rires, de notes. Tout est réel, tout est sensé, je ne joue pas ma vie. Mais je ne peux pas tout clamer. Même le sourire raconte trop.
Le silence, buvard de profondeur, buveur de mes brouillards. Peut-être qu'un jour je le laisserai éclater, mais encore faudrait-il qu'on y laisse libre cours. Le libre parcours du silence - ou va t-il ?
Pour l'instant, c'est l'interstice de mots. L'equinoxe de lettres. Et puis, je me fous des mots avortés, j'en ai d'autres en réserve. On peut renoncer aux choses importantes, c'est ce qui leur donne de la légitimité. Je me fous des mots blancs, j'ai d'autres couleurs, et puis quoi, j'aime bien l'hiver.