31 oct. 2009

"Deep inside of me I hear a voice screaming again. "


Jardin en friche, terre sèche, plume stérile. Je m'implante dans ce paysage de désolation en faisant face au soleil. Je peux même le regarder dans les yeux; il est pâle et fuyant. Estompé, tant mieux, je préfère ce qui rayonne à ce qui éclaire.

Le ciel est d'un bleu liquide, percé par des cimes aigues de sapins et des arbres au feuillage fluide, épars et doré qui s'agite brièvement aussi ma feuille encore blanche.

Tout est incroyablement paisible, presque suspendu dans le temps et bien que je me sente absorbée par cette léthargie ensoleillée, je dois lutter.

Les heures valsent, s'alanguissent et face à ce jeu de cadran solaire, je stagne encore. Je ne sais qui regarder de la pierre ou du rayon, alors je me fige. Un clocher tinte, m'appelle, je voudrais y être sourde, mais je vois d'un clignement de paupières la toiture de pierre grise qui déchire mon espace végétal, la croix qui fend l'immuable bleu, les corneilles qui s'agitent autour et la lourde cloche impie qui ramène à la réalité. Je sais que je n'ai pas le droit de me complaire dans ce jardin anhydre et mort, à piétiner des pierres osseuses et asséchées , à demeurer seule sur la terre grège, oublieuse et oubliée.
Bien sûr, ce n'était qu'une flânerie parmi les autres, j'avais foulé d'autres chemins et la fange avait séché ici, mais je n'étais pas en paix, et m'ennuyais de n'avoir pas voulu refermer quelque portillon grinçant ou grille impénétrable de cet étrange jardin.

Il faut que je me lève, ou je vais prendre racine.

17 oct. 2009

Songe ouvert à l'outre-mer.


Je ne me suis pas présentée. Ce n'est certes, pas nécessaire mais je ressens un impérieux besoin de le faire et après tout, un blog n'a rien d'exigible. Dommage, d'ailleurs, on aimerait pourtant bien pouvoir exiger de la lecture, quelques fois. Je veux affirmer et démentir à la fois, je ne souhaite ni habler, ni controuver quelques menteries égocentriques . A la vérité, je suis lasse des apparences fallacieuses et des hypocrisies, c'est tout. J'essaierai d'être la plus simple possible, la plus authentique. Léonard de Vinci dit La sobriété est la sophistication suprême. Axiome intéressant, n'est-ce pas ? Puisse cela être la visée de cet article, j'ai toujours peur de n'en faire pas assez, ou d'en faire trop, et je veux une fois de plus trouver la tempérance.

Regardez, si vous décidez de prendre cinq minutes et de lire ceci. Ou plutôt, lisez-moi, et regardez-moi ! C'est un cliché effroyablement ordinaire, mais l'abracadabrant ne va pas sans l'artifice et je n'en voulais pas. Pas ce soir. C'était à Beaubourg, boyaux de Paris, dont nous ne verrons rien dans cet article. Ce que cet édifice comporte d'intrigant et de génial transparaîtra sûrement dans quelques autres propos. Il n'y a rien que j'aime autant que ce qui me semble artistique, quelque horreur ou magnificence que ce soit. Mais rien ne sert de s'étendre ici. On en reparlera.
Regardez-moi, un instant. Il ne suffit pas des connaître les goûts de quelqu'un pour connaître cette personne. Les deviner, c'est déjà un peu mieux. Vous connaissez bien, ces rêves de voyage, cette obsession carmine, ce bleu spectral, Paris, des carnets , des dessins, une vénération musicale, la flûte, ou ces piles de bouquins qui se distillent dans les rayons de la bibliothèque en voulant n'être jamais oubliés. Mais comme on apprend vite, comme on découvre chaque jour ! J'assimile, je bois toutes ces nouveautés et reste fidèle aux anciennes choses. Comment peut-on s'ancrer en étant si mouvementé ? Être manichéen, peut-être, mais jamais vide ! Je serai blanche, noire, laissons le gris, c'est trop fade. On en reparlera.

Je ne sais pas sur quel pied je danse, mais je veux danser. On me glose. Tant pis. J'ai beau jouer sur cette image, je ne suis pas hautaine. Nous nous trouvons quelques fois à la subtile frontière entre l'instinct juvénile et l'immoralité grondante, macabre. On peut se résoudre à laisser planer le mystère sadique. Je ne hais qu'avec de l'adoration parce que la haine est un sentiment subtilement grandiose - mieux que l'amour - et ne s'adonne pas à tout le monde. Lacérer des souvenirs, c'est amusant. Le thème du jeu revient, et d'ailleurs, je n'aime pas perdre. Ni moi, ni l'autre, ni rien d'ailleurs.
Ce que je vois au delà d'une simple image plastique, ce sont trois lignes abstraites : ambition, sensibilité, passion. Et malgré toutes les contingences, cela ne changera pas. On crachera sur le revers poussiéreux de mon miroir en y traçant les lignes de suffisance, lunatisme et théâtralité. Mais c'est faux ! Je me fiche, de ce que l'on peut dire, pourvu que ça n'atteigne pas les oreilles de ceux à qui je tiens ! Là serait la piqûre et ils le savent très bien. J'ai été tentée de me crever les yeux, d'ébranler mes neurotransmetteurs sensoriels et de m'épierrer l'esprit de façon à n'être plus qu'un bloc de pierre apparent, mais à quoi bon ? Être vraiment, être sans honte, assumer l'existence ; voilà la visée la plus digne. La fibre sensible cailloutée ne me convient pas, j'ai essayé sur quelques modèles apparents d'être flegme et apathique, mais plutôt crever que d'être morte-vivante. J'en ai gardé un léger relent de cynisme, de désillusion mordante et une ironie vertigineuse. Mais ça ne dérange et n'entrave pas la légèreté. J'embrasse ma vérité.

Que voyez-vous ? Sur un fond marine d'une profondeur nocturne, j'ai le regard qui fuit. Je pense à Wilde qui s'enivre de mensonges et réjouit son coeur de fuir la vérité. Est-ce un sort ou un choix ? Scepticisme. J'ai dit que j'embrassais ma vérité. Mais il faut bien inventer, imaginer, idéaliser avant de se confronter à notre réalité.
Que voyez-vous donc ? Il y a dans le paraître une part d'être, m'a t-on dit un jour. J'ai des souvenirs fiévreux et dépouillés. Je m'appelle Camille, ma vérité, c'est une part d'ombre, de lumière, tout ce qu'elle comprend, et qui elle englobe.
Je crois maintenant que j'ai bavardé sans intérêt pendant trop de temps et cette divergence, n'aura pas de suite. N'en parlons plus.

11 oct. 2009

Ainsi, tu te brisai sur les flancs déchaînés.



L'extase, cette pluie. On y nagerait. La vue n'est-elle pas meilleure lorsqu'on a les yeux vitreux ? On peut alors se concentrer à souhait sur les sensations, quand l'émotion est absente, et même sans réelle volonté de les faire suinter du crâne, des yeux, elles jaillissent, bouillonnent et c'est un truc bien assez fort pour me plaire. Mais non, je ne suis pas narcissique, ni égoïste, ni cruelle - quoique ces chers petits collègues puissent dire ; mes tendres amis connaissent bien la vérité, je me présenterai peut-être une autre fois pour les inconnus, et trêve d'égocentrisme, voguons. Un jour, un étrange jeune homme m'a dit quelque chose - j'ai cette mauvaise habitude de retenir certaines paroles, de même que certains instants qui s'inscrivent volontairement dans ma mémoire, tantôt croupissant dans des souvenirs vaseux, tantôt s'érigeant majestueusement comme des citations flottant sur le reflet de mes souvenirs ; je n'y peux presque rien - et je n'ai pas oublié ceci. Lui, ordinairement différent ; ma figure de mystère inassouvi, m'a dit un jour dit qu'un orgueil me faisait aimer "ce qui est fort". Comme s'il fallait à ces choses, ces objets, ces gens ou ces entités métaphysiques une certaine dignité. Il parlait d'abord de piment - allez savoir pourquoi, c'est fantaisiste, puis d'ambition, un peu d'amour, puis il parlait de lui. Il avait raison, en fait il n'y a que lui qui aurait pu le faire.

Brouillard crayeux, ciel déchiré. Tout est si clair. Je sais ce dont j'ai envie, je sais précisément ce qu'il me faudrait, là, à l'instant. Ce n'est pas juste, d'adorer ce que l'on se doit de ne pas adorer. Les objets de désirs sont de belles chimères !
Sueur, pluie, larmes, j'ai un torrent d'images dans la tête, et pas envie d'en faire des métaphores, elles seraient décadentes car je ne sais pas écrire et ce n'est qu'un instinct stupide qui me fait continuer, continuer continuer. Pourquoi donc s'acharner ainsi, travailler jour, ou nuit ? Il est tard Camille, va dormir. Peut-être parce que je suis très mauvaise perdante et que je désirerai toujours une vengeance, sur moi, sur tout. Ou sur rien, si l'on amoindrit les choses. Mais quel terme vague ! Mes pensées gouttent, je patauge dans les feuilles, et ressens toujours cet intime entremêlée d'enthousiasme et de rage intérieure, in meinem Inneren, je crois bien que c'est une forme de sérénité et de passion à la fois. Je marche, je marche, je suis trempée, l'eau me dégouline des cheveux, j'ai l'idée farfelue d'une rousseur qui se liquéfie, c'est amusant, ou pathétique et mon rire pleure à travers les gouttes, parce que je suis contente. J'écris encore des mièvreries parce que je craindrai d'effrayer, avec des histoires de réalité maladive, de sombre méchanceté, et puis qu'importe, nous n'en saurons rien, la pluie me dit simplement :

Prends garde, Camille, prends garde à ton orgueil.

4 oct. 2009


" Une blanche jeune fille, distraite et vive. " Proust.

C'était un début d'année à la fois mélancolique et enthousiaste, déterminé et rêveur, studieux et solitaire. Tout cela à la fois. Un commencement, une suite, une fin en même temps, tout dépend de l'angle d'observation. C'était un étrange début d'année et pour une fois, rien ne semblait se presser en silence. Alors j'en attendais la suite.

Le temps faisait des volutes, se dénouait du présent, se torsadait avec le passé et ondulait vers l'avenir ; un triptyque sans régularité ni surprises à la fois. Quelques fois se dessinait un combat singulier entre un temps inerte et un autre fameusement dynamique, mais la partie était sans cesse remise, on procrastinait, c'etait tout. Je saisissais mon temps, puis il se perdait et tantôt je louais, tantôt je haïssais cette perte contre laquelle il était inutile de lutter, non, cela ne m'intéressais pas, je n'en avais pas le temps. Des jaillissements de souvenirs fusaient sous mon crâne, couchaient devant mes yeux; je les glorifiais, les magnifiais, ou les oubliais tour à tour, c'en était à la fois fabuleux ou mortifiant : un jeu sans perdant ni gagnant, sans danger, sans règles et sans raison. J'avais - parmis bien des rêves - une envie psychédélique, sacrée et obsédante de boucler la boucle. L'expression est laide, je l'accorde, et pauvre est mon texte. Mais il n'est pas bon de se taire trop longtemps. Je frémissais derrière mon écran, distraite, vive, et j'attendais la suite.

J'avais la nostalgie d'un automne poétique, d'une certaine chaleur froide et d'une atmosphère comme imbibée de mystère fluide et troublant, un alcool indolent enivrant sans faille. Peut-être que je voulais douloureusement me replonger dans ce délice calme et bleui, délire simple et candide duquel suintait encore l'illusion, la belle illusion. Mais c'était si loin, ou si proche qu'il ne me restait plus que le désir de trouver quelque chose de nouveau, ou d'encore plus ancestral et d'impossible. J'attendais ma suite.