31 oct. 2009

"Deep inside of me I hear a voice screaming again. "


Jardin en friche, terre sèche, plume stérile. Je m'implante dans ce paysage de désolation en faisant face au soleil. Je peux même le regarder dans les yeux; il est pâle et fuyant. Estompé, tant mieux, je préfère ce qui rayonne à ce qui éclaire.

Le ciel est d'un bleu liquide, percé par des cimes aigues de sapins et des arbres au feuillage fluide, épars et doré qui s'agite brièvement aussi ma feuille encore blanche.

Tout est incroyablement paisible, presque suspendu dans le temps et bien que je me sente absorbée par cette léthargie ensoleillée, je dois lutter.

Les heures valsent, s'alanguissent et face à ce jeu de cadran solaire, je stagne encore. Je ne sais qui regarder de la pierre ou du rayon, alors je me fige. Un clocher tinte, m'appelle, je voudrais y être sourde, mais je vois d'un clignement de paupières la toiture de pierre grise qui déchire mon espace végétal, la croix qui fend l'immuable bleu, les corneilles qui s'agitent autour et la lourde cloche impie qui ramène à la réalité. Je sais que je n'ai pas le droit de me complaire dans ce jardin anhydre et mort, à piétiner des pierres osseuses et asséchées , à demeurer seule sur la terre grège, oublieuse et oubliée.
Bien sûr, ce n'était qu'une flânerie parmi les autres, j'avais foulé d'autres chemins et la fange avait séché ici, mais je n'étais pas en paix, et m'ennuyais de n'avoir pas voulu refermer quelque portillon grinçant ou grille impénétrable de cet étrange jardin.

Il faut que je me lève, ou je vais prendre racine.