Il paraît qu'à mesure que le temps passe, on finit par le percevoir comme une simple série de périodes et les fragments de vie ne sont plus que des variations, des instants qui s'emperlent sur un fil de vie monotone. Est-il possible d'échapper à l'enlisement conformiste dans le quotidien morne et répétitif ? Je voudrais tant avoir la certitude ne jamais perdre mon étonnement - et quand bien même je serai touchée par le cynisme, la déraison et quelqu'inévitables douleurs, je finirai par rebondir et fuir, fuir, m'envoler ! - mais, qui sait, peut-être serai-je bouffée par le temps, vivrai-je une routine grisonnante, vieillirai avec aigreur et m'enterrerai dans une incontournable assuétude. Les certitudes sont difficile, mieux vaut avoir des convictions. Que veux-tu qu'il arrive ? Tout peut arriver ! Je ne me ligoterai pas les doigts, mes échos résonneront sur ce clavier : des bribes de discours sans conversation m'échappent. Incomplétude : on guérit pas de soi.
Par ce temps laiteux et dégoulinant, les gens semblent entrer dans une certaine phase de léthargie hivernale, la prostration apathique est tendencieuse et pourtant, moi, j'ai envie de m'éveiller. En admettant que chacun doive connaître une petite mort annuelle - afin de ressusciter grandiosement par la suite, je crois bien que j'ai soupé mon écoeurement et la complainte passive ne peut plus m'atteindre. Les crépuscules couleur d'ecchymose et les tourbillons amarantes teintés de crachin sont bien plus attrayants qu'un soleil agressif, qu'un été graisseux et flegme, non ? Maintenant, j'ai envie de vie. Sed dum nihil.
Les visages, les sentiments, les mélodies semblent déjà des échos du passé. J'aimerais connaître la maladresse inconsciente, la peur stimulante, le battement insidieux, mais je flâne, froide et vive sous l'orage tiède et la brume diamantée. Je cherche quelque chose sans savoir quoi et cette incomplétude est agaçante. En attendant, je vais jeter au cachot de l'indifférence les passants audacieux, en faire un feu de joie et fêter l'amitié et la culture, parce que ce sont des valeurs confiantes, constantes et inépuisables. Le reste, tant pis, je méprise. Et pour parler de mépris, je méprise la médiocrité de mon article.
Osciller entre une mélancolie légère et une serénité malicieuse m'empêche de graver une dernière phrase. Histoire de paradoxes. Alors je poserai néligemment quelques mots qui découlent de cet étrange balancement - car quelle incomplétude que de rester sur sa fin !
Que dire ? Il fera froid un jour sur deux.