20 sept. 2009

Stratovarius.


L'amour propre est un escroc qui ne manque jamais sa dupe - dixit Balzac.

J'aime les mots rieurs, ou les mots assassins. J'aime les noms de couleurs, des dérivés éclatants du rouge aux désignations mystiques du bleu, et les noms de couleur sans couleurs, cobalt, aigue-marine, céleste, grège, anthracite, lagon, écume, garance, grenat.. J'aime les noms de pierre précieuse et de fleurs inconnues, plus originaux que leur réalité tangible -quoique le coquelicot se joue avec sa forme palpable-impalpable - et tout ces mordorés, amarantes, céruse et parchemin. J'aime les mots compliqués, entortillés sur eux même avec une etymologie cependant décryptable, des mots aux lettres compte-triple et aux voyelles labiales qui effleurent la langue, doucement, lascivement, même lorsqu'on ne fait que les écrire ou les lire. J'aime les mots à sussurer même s'ils ne veulent pas dire grand chose, ceux qui ne se passent d'un sourire, et quand bien même ils seraient assassins, je les excuse de cette traîtrise pourvus qu'ils me plaisent. J'aime les noms aériens; éther, hélium, les gazs évocants la sorcellerie, et tous les noms de poison, ils feraient presque rêver ! Et puis [..]

13 sept. 2009

Ille ego qui fuerim ut noris.

Tisser le temps autrement qu'en une trame régulière demande une étrange contention.
Je pense à cette cave évidée d'ameublements et garnie d'hommes. Guitares, saxophones, balais de percussions et multiples amplis brodent les lieux, cousus de fils entremêlés aux bouteilles hyalines et sillonnant entre les pattes de sièges léopard, d'un clavier vintage ou de vieilles brochures musicales épinglées sur les murs. Partout, on sent l'acescence gazeuse des bières exsudant des gueules d'artistes. Les instruments sont saisis, et vient qui le veut car la musique se partage. Pour l'altérité mélodique, une rythmique férue lance l'objet de nos fuligineuses divagations. Donnons de nous ! - c'est tellement plus simple avec un souffle - un duo de respiration, avec un accord - accordement mutuel. J'en ai vu qui s'abritaient sous quelques doigtés arachnéens pour se taire, quelques fois, mais la musique se partage, jouons, écoutons.
Je cède de sonores intuitions aiguës, des arpèges brisés, et il découle de notre liberté musicienne un jazz planant, du Summertime broyé, des âmes multiples et porteuses de dispositions muées tant par la verve que par un flegme enjoué. On parle de musique, de Jam, d'études, de voyages.
On disserte d'alcool et de fumée. Tantôt nous sommes jeunots, tantôt plus expérimentés, telle est l'alternance et l'apport mutuel des rencontres fortuites.
Au seuil de l'aube, nous finirons par nous endormir.
Je partage ma couche, tassée sous un pull gris, entre des dread et de gracieuses boucles masculines. Ô Samsons inconnus, présences léthargiques, le sommeil n'est qu'un refuge !
Après ces jours d'apathie nerveuse, de masochisme intellectuel et d'incarcération studieuse, je peux écrire en office de cadence parfaite : Je préfère être submergée que vidée.

6 sept. 2009

Aliénation passagère.

Je pourrais bien être le sépulcre de qui j'étais, je n'ai même pas envie de m'abriter. Je m'abjure.
On dira qu'un évitement fondamental de soi conduit à des comportements dysfonctionnels, aberrants et inconséquents. On chuchotera Changer comme si c'était une arcane comploteuse. On trouvera des coupables, tant pis. La plèbe se plaît toujours à détecter des criminels. Mais qui a dit que lesdits criminels n'étaient pas de simples types immatures qui trouvaient cocasse la destruction, pour la simple jouissance de sentir le goût saumâtre de l'existence ? Que cela leur plaise, il faut bien avoir de l'ambition.

Les gens n'en ont pas, les gens sont des errances. Ils rient peut-être bien fort, que cela leur plaise, ils rient un peu trop fort. Tordez vous de moi, lancez moi des tomates tant que vous y êtes, moi, je sais ou je vais, et surtout, avec qui. Oui, de ceux que l'on dira "gens", ils me sont asphyxiants. Des carcasses poreuses, des anfractuosités d'humains, des organismes égotistes, chiatiques, d'une hypocrisie insalubre et répugnante.
J'aime ceux que j'aime et ceux qui me fascinent; c'est déjà beaucoup.
Ou peut-être est ce que je tourne misanthrope - vous appréciez la tautologie dans un écrit bien miteux.

1 sept. 2009

Du néant, que dis-je !


Je ferais taire ton silence en dévorant tes lèvres, te les mordrais jusqu'à ce qu'un andrinople goutteux suinte sur ton portrait en te donnant un air plus clownesque encore, oublieux du pathétisme ! Je te lacérerais de morsures - des exhalaisons haineuses - sur les traces invisibles d'un de ces sourires sataniques que l'on recouvre de sel pour qu'ils dardent les joues de piqûres, et, louvoyant jusqu'à tes oreilles, elles épargneraientt seulement tes tentacules noirâtres et emmêlées - indolentes ! L'absence n'ayant tué personne, on tenterait avec la présence, de s'abîmer, un instant.
Mes ongles dans ta chair métallique te feraient crier, crisser comme jamais et je grifferais ta peau inodore pour qu'il en gicle -enfin ! un parfum. Je pourrais te saigner et stigmatiser ta dépouille humaine afin qu'il en reste longtemps encore de ces plaies purulentes et infectes qui donnent la vague certitude d'avoir été - au moins ! une marque.
Je brûlerais tes haillons, abandonnerais les miens lubriquement et passerais les mains sur ton corps avec une farouche véhémence pareille à la jouissance de ceux qui se savent une mort imminente et qui profitent, qui profitent ! Ressemblant étrangement à l'audace, la caresse meurtière saurait,elle, ou aller, et que faire sans se confiner dans un rôle gouvernable, ingénu, et regrettable .
Empale-moi !
Dans l'alcôve sordide et négligée, je te sentirais alors plus profondément que jamais, tu pourrais bien crier de cette bouche mutilée, je t'ouvrirai enfin la peau pour ma greffe ordurière : une emprunte dans tes entrailles âcres et sinueuses, puis quelque chose dégoté dieu sait ou, - en ai-je moi-même ? - un semblant de coeur, plus authentique qu'un organe lépreux et étriqué .
Peut-être te recouvrirai-je de gaze, obombrant cependant l'idée que tu renaisses.