13 sept. 2009

Ille ego qui fuerim ut noris.

Tisser le temps autrement qu'en une trame régulière demande une étrange contention.
Je pense à cette cave évidée d'ameublements et garnie d'hommes. Guitares, saxophones, balais de percussions et multiples amplis brodent les lieux, cousus de fils entremêlés aux bouteilles hyalines et sillonnant entre les pattes de sièges léopard, d'un clavier vintage ou de vieilles brochures musicales épinglées sur les murs. Partout, on sent l'acescence gazeuse des bières exsudant des gueules d'artistes. Les instruments sont saisis, et vient qui le veut car la musique se partage. Pour l'altérité mélodique, une rythmique férue lance l'objet de nos fuligineuses divagations. Donnons de nous ! - c'est tellement plus simple avec un souffle - un duo de respiration, avec un accord - accordement mutuel. J'en ai vu qui s'abritaient sous quelques doigtés arachnéens pour se taire, quelques fois, mais la musique se partage, jouons, écoutons.
Je cède de sonores intuitions aiguës, des arpèges brisés, et il découle de notre liberté musicienne un jazz planant, du Summertime broyé, des âmes multiples et porteuses de dispositions muées tant par la verve que par un flegme enjoué. On parle de musique, de Jam, d'études, de voyages.
On disserte d'alcool et de fumée. Tantôt nous sommes jeunots, tantôt plus expérimentés, telle est l'alternance et l'apport mutuel des rencontres fortuites.
Au seuil de l'aube, nous finirons par nous endormir.
Je partage ma couche, tassée sous un pull gris, entre des dread et de gracieuses boucles masculines. Ô Samsons inconnus, présences léthargiques, le sommeil n'est qu'un refuge !
Après ces jours d'apathie nerveuse, de masochisme intellectuel et d'incarcération studieuse, je peux écrire en office de cadence parfaite : Je préfère être submergée que vidée.