
L'extase, cette pluie. On y nagerait. La vue n'est-elle pas meilleure lorsqu'on a les yeux vitreux ? On peut alors se concentrer à souhait sur les sensations, quand l'émotion est absente, et même sans réelle volonté de les faire suinter du crâne, des yeux, elles jaillissent, bouillonnent et c'est un truc bien assez fort pour me plaire. Mais non, je ne suis pas narcissique, ni égoïste, ni cruelle - quoique ces chers petits collègues puissent dire ; mes tendres amis connaissent bien la vérité, je me présenterai peut-être une autre fois pour les inconnus, et trêve d'égocentrisme, voguons. Un jour, un étrange jeune homme m'a dit quelque chose - j'ai cette mauvaise habitude de retenir certaines paroles, de même que certains instants qui s'inscrivent volontairement dans ma mémoire, tantôt croupissant dans des souvenirs vaseux, tantôt s'érigeant majestueusement comme des citations flottant sur le reflet de mes souvenirs ; je n'y peux presque rien - et je n'ai pas oublié ceci. Lui, ordinairement différent ; ma figure de mystère inassouvi, m'a dit un jour dit qu'un orgueil me faisait aimer "ce qui est fort". Comme s'il fallait à ces choses, ces objets, ces gens ou ces entités métaphysiques une certaine dignité. Il parlait d'abord de piment - allez savoir pourquoi, c'est fantaisiste, puis d'ambition, un peu d'amour, puis il parlait de lui. Il avait raison, en fait il n'y a que lui qui aurait pu le faire.
Brouillard crayeux, ciel déchiré. Tout est si clair. Je sais ce dont j'ai envie, je sais précisément ce qu'il me faudrait, là, à l'instant. Ce n'est pas juste, d'adorer ce que l'on se doit de ne pas adorer. Les objets de désirs sont de belles chimères !
Sueur, pluie, larmes, j'ai un torrent d'images dans la tête, et pas envie d'en faire des métaphores, elles seraient décadentes car je ne sais pas écrire et ce n'est qu'un instinct stupide qui me fait continuer, continuer continuer. Pourquoi donc s'acharner ainsi, travailler jour, ou nuit ? Il est tard Camille, va dormir. Peut-être parce que je suis très mauvaise perdante et que je désirerai toujours une vengeance, sur moi, sur tout. Ou sur rien, si l'on amoindrit les choses. Mais quel terme vague ! Mes pensées gouttent, je patauge dans les feuilles, et ressens toujours cet intime entremêlée d'enthousiasme et de rage intérieure, in meinem Inneren, je crois bien que c'est une forme de sérénité et de passion à la fois. Je marche, je marche, je suis trempée, l'eau me dégouline des cheveux, j'ai l'idée farfelue d'une rousseur qui se liquéfie, c'est amusant, ou pathétique et mon rire pleure à travers les gouttes, parce que je suis contente. J'écris encore des mièvreries parce que je craindrai d'effrayer, avec des histoires de réalité maladive, de sombre méchanceté, et puis qu'importe, nous n'en saurons rien, la pluie me dit simplement :
Prends garde, Camille, prends garde à ton orgueil.