
" Une blanche jeune fille, distraite et vive. " Proust.
C'était un début d'année à la fois mélancolique et enthousiaste, déterminé et rêveur, studieux et solitaire. Tout cela à la fois. Un commencement, une suite, une fin en même temps, tout dépend de l'angle d'observation. C'était un étrange début d'année et pour une fois, rien ne semblait se presser en silence. Alors j'en attendais la suite.
Le temps faisait des volutes, se dénouait du présent, se torsadait avec le passé et ondulait vers l'avenir ; un triptyque sans régularité ni surprises à la fois. Quelques fois se dessinait un combat singulier entre un temps inerte et un autre fameusement dynamique, mais la partie était sans cesse remise, on procrastinait, c'etait tout. Je saisissais mon temps, puis il se perdait et tantôt je louais, tantôt je haïssais cette perte contre laquelle il était inutile de lutter, non, cela ne m'intéressais pas, je n'en avais pas le temps. Des jaillissements de souvenirs fusaient sous mon crâne, couchaient devant mes yeux; je les glorifiais, les magnifiais, ou les oubliais tour à tour, c'en était à la fois fabuleux ou mortifiant : un jeu sans perdant ni gagnant, sans danger, sans règles et sans raison. J'avais - parmis bien des rêves - une envie psychédélique, sacrée et obsédante de boucler la boucle. L'expression est laide, je l'accorde, et pauvre est mon texte. Mais il n'est pas bon de se taire trop longtemps. Je frémissais derrière mon écran, distraite, vive, et j'attendais la suite.
J'avais la nostalgie d'un automne poétique, d'une certaine chaleur froide et d'une atmosphère comme imbibée de mystère fluide et troublant, un alcool indolent enivrant sans faille. Peut-être que je voulais douloureusement me replonger dans ce délice calme et bleui, délire simple et candide duquel suintait encore l'illusion, la belle illusion. Mais c'était si loin, ou si proche qu'il ne me restait plus que le désir de trouver quelque chose de nouveau, ou d'encore plus ancestral et d'impossible. J'attendais ma suite.