8 janv. 2010

Mescaline.



Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.
Eluard, La courbe .



Au diable les métaphores !
Je rêve de lignes épurées
mais elles m'échappent. M'échappent.


On verra - a t-il dit. Mais que pourrait-il voir, lui qui n'a jamais vu. Ce soir là - et d'autres encore, car il ne vit pour l'instant que sa première heure : - il verra des lambeaux féminins, des rayons clinquants, des stucs d'émotion. Sa première heure est un carillon douloureux. Il verra, Lascivement jetées sur des fauteuils de velours, leurs jambes interminables et leurs formes plantureuse - comme elles font mine d'être vivantes et suaves -, puis des lambeaux de satin, de dentelle, de paillettes, combien superficielles ! Il tentera d'apercevoir les téguments sensuels de leur peau douce et voluptueuse dont les parfums grisants ne feront qu'attiser son désir. Il écoutera leur voix rendue rauque par la cigarette ou le ton haut-perché de leur mime charmeur, et elles résonneront la nuit entière sous son crâne fou de désir, comme le gong érotique d'un plaisir nouveau. Il ne verra qu'à peine qu'elles lui tournent la tête comme un alcool capiteux. C'est un jeu dont il peut prendre goût. Goût saumâtre. Il donnera avidement ses lippes pour voler des lèvres qui n'appartiennent à personne et s'entêtera à toucher des corps sans âme, des robes sans corps, à se sentir désiré - belle illusion, car elles sont clinquantes ces petites carcasses pailletées, mais qu'ont-elles d'autres, qu'ont-elles d'autres ? Il verra un monde noctambule et excitant. Seulement ce monde, lorsqu'il ne voit rien d'autre.
En réalité, c'est mille fois plus simple de regarder dans le vide.