
la même chanson, ô perpétuelle cantilène, noircie sans place pour les autres, qui donc, ces autres, c'est une place sans place, car une , deux, trois, quatre, cinq, mais combien d'années, comment savoir, et à quoi bon, moi-même je n'en sais rien, les chiffres ne sont que des chiffres, les lettres ne sont que des lettres, les années se fondent parfaitement à l'éternité, une étoile en sucre dans de l'eau de source, halte à la mièvrerie je ne parle plus d'étoile, je les contemple, donc j'ai cherché un miroir afin de m'y intercepter doublement, un dieu afin de croire, un maître pour admirer, gagner et perdre aussi, puis un ersatz de culture, et j'ai cherché, recherché la musique parce qu'il y avait toujours cette chanson, trois fois, je sais qu'il y aura plus, c'était des cordes roides et translucides, et plus encore, mais perdurait la même chanson, et moi, sous les doigts habiles, malhabiles, je brisai mon miroir et demeurai impie, je voyais l'erzatz avant la culture et me lassai de toutes les autres mélodies, toutes, presques toutes on ne sait pas, et j'étais toujours là, avec mes une, deux, trois, quatre, ô combien d'années d'exactitude, aucun doute, de vie, de cette unique pulsation, d'un creschendo, decreschendo , c'est selon, frémir, frissoner, oui, oui, mais battre la même mesure , impossible, aussi pur, jamais, jamais, du contre-temps, car c'était des ertsatz, des ersatz mélodiques, aussi chéris, volés, méprisés, aimés à mi-mesure, point d'orgue, jamais aussi puissants, aussi grands, aussi simples et euphoniques que ce jamais, car jamais, c'est jamais comme je le sais, je le sens, j'ai toujours su que c'était un jamais et c'est ce qui me fais demeurer, choisir encore, de petits pas, de grands pas, des envolées, et vivre, et vivre, pour ce sempiternelle jamais, sempiternelle romance sans romance, assimilée et dévorée et mangée, à en être malade même, vous ne savez pas, je n'ai pas su le raconter, mais malade oui, des os, os, oserez-vous demander un jour, les romances sont ailleurs ou ne sont pas, question de croire ou de ne pas croire, de ne pas être, merci Hamlet, car je n'ai pas besoin d'un miroir, ni d'un substitut, d'une autre réalité et cependant tout cela, c'est pour combler jamais, a t-on jamais besoin de combler, non, mais vivons seuls vivons cachés avec le monde, les amis et tout ces mots même s'ils vous tuent, les mots pas les amis, tuer le temps, et est-il triste, est-il heureux, moins encore mais il est et c'est tout ce que je demande, un deux, trois, quatre, cinq, ou éternellement, ça a toujours été, reprise, barre de mesure, dès le premier, premier, premier regard et dans la pénombre de l'enfance, ou un obscurité alcyonnienne, j'aime bien ce mot, donc dans la pénombre on ne se voit pas, on ne voit rien et on ne verra jamais, mais qu'importe, c'est tout ce que je demande, l'illusion de ce lapis-lazuli, cobalt, céruléen c'est selon, azur peut-être, parce que l'azur est sans finitude, oui, vivre avec l'illusion d'éternité