22 juin 2010

Gémonies.


Les solstices d’été auront beau se succéder, je les associerai toujours à cette Cantate à trois voix de Claudel.

Chaque année, je sais que  les incantations de Laeta, Fausta et Beata résonneront indubitablement, comme le carillon doré de cette heure qui est entre le printemps et l’été, entre ce soir et demain et leur cantilène me reviendra chaque fois, jusqu’à ce que se taise enfin ma fascination. Mais pourquoi s'éteindrait-elle, après tout ? Comment pourrait-elle ne pas se faire entendre lorsque sonne l' heure seule qui est laissée ? Les trois sœurs chanteront toujours l’amour, l’espoir et le cortège, cette seule nuit ou la joie peut éclater comme le souvenir entêtant d’un été ou d’un autre. Le regret s'est éteint avec l'espoir. 

J’attends cette heure comme le point d'orgue du printemps, mais  l'enchanteuse Cantate m’emporte  sans que je ne la saisisse. Une autre année, peut-être.  Sommeil sans aucun sommeil avant que ne renaisse le soleil. Nuit sans aucune nuit. Le chant s'achève à l'instant même ou il commence, comme un chant de cygne ;  c’est une promesse et un brasier.

La Cantate n'est peut-être qu'un souvenir, un feu follet ou dansent les voix de trois soeurs, et l'amour, l'espoir, la déception. Mais qu'importe, il reste immarcescible, dort une année entière, et se lève chaque été.
Tout passe qui a commencé.