21 juil. 2010

Voleur de feu.

"La beauté convulsive sera érotique-voilée, explosante-fixe, magique-circonstancielle ou ne sera pas."

C'était sans doute l'effet de la solitude. La rencontre était immédiate, intense, comme rectiligne. Il n'y avait aucun trait d'humour pour distraire la trajectoire de l'attention ou attirer le regard sur un détail, un défaut ou la moindre touche glauque. Les pièces sombres et les allées calmes de l'exposition prodiguaient une sorte d'apaisement intérieur, un sentiment entre le repos et la léthargie. Devant les tableaux, les gravures, il n'y avait nuls autres échos que les miens - chose inhabituelle je dois l'avouer. Les présences alentours ne consistaient qu'en un réconfort chaleureux, comme si elles n'eurent été qu'une simple lumière. J'étais seule. Devant les couleurs, les ombres, les formes, aucun voile n'aurait pu me cacher de mes impressions, ce métissage d'émotions spontanées et de trop modestes réflexions.
Qui saurait expliquer quelque chose d'aussi simple qu'être touché ? Je saisissais bien des bribes de ce qui m'atteignait, mais je n'en démêlais rien, et ne souhaitais pas en extirper la moindre explication rationnelle ; elle aurait terni le tout. Dans la plupart des toiles, je retrouvais cette propension explicite à la mélancolie, ces silhouettes passionnées, dévorées, ces femmes aux chevelures rousses - mais est-ce la rousseur ou la chevelure ?-, la poésie ou la folie, la gaieté ou la fougue, et le orange, le violet, le noir, tant de couleurs aussi vives, aussi claires et aussi brouillées qu'une émotion.
"C'est traité de façon enfantine, un enfant crayonnerait ça." murmure un passant. Les commentaires de parisiens bobo me font rire, me ramènent à la réalité.
Munch ; peintre entre la gaieté et les larmes, allons pour cette dénomination.